Sortir
de la zone grise : faut-il frapper l’Iran pour en finir ?
Depuis
des années, le Moyen-Orient vit dans un entre-deux instable. Ni
guerre ouverte, ni paix réelle. Une «
zone grise » où les tensions s’accumulent, où les
frappes ponctuelles remplacent une vision d’ensemble, et où le
temps joue clairement en faveur de la République islamique d’Iran.
Pour
les pays du Golfe, cette situation a un coût élevé : incertitude
permanente, vulnérabilité économique et dépendance sécuritaire.
La question devient donc inévitable : faut-il continuer à gérer la
menace… ou prendre le risque de la neutraliser une fois pour toutes
?
L’illusion
de la stabilité
En
surface, l’équilibre tient. Les exportations énergétiques
continuent, les grandes villes du Golfe restent attractives, et les
marchés s’adaptent. Mais cet équilibre est trompeur.
La
menace permanente sur le détroit d’Hormuz, les attaques indirectes
et les cycles d’escalade fragilisent en profondeur le modèle
régional. Rester dans cette zone grise, c’est accepter une usure
lente qui, à terme, coûtera bien plus cher qu’une action
décisive.
Un système
iranien dominé par l’hydre des Gardiens de la Révolution
Le
cœur du problème réside dans l’évolution interne du régime
iranien. Historiquement, le pouvoir reposait sur une alliance entre
légitimité idéologique et appareil sécuritaire. Aujourd’hui,
cet équilibre se transforme en profondeur.
Après
la frappe qui a tué Ali Khamenei, le régime fonctionne comme une
hydre : une tête tombe, mais le corps – les Gardiens
de la Révolution (IRGC) – reste intact et même
renforcé. Mojtaba Khamenei apparaît affaibli ou en retrait, tandis
que des figures dures des Gardiens de la Révolution pilotent
désormais les décisions militaires et politiques.
Les
Gardiens de la Révolution ne sont plus seulement un acteur militaire
: ils sont devenus la véritable colonne vertébrale du régime, à
la fois puissance économique, pilier politique et maître du
pouvoir. Cette mutation rend les demi-mesures inutiles.
La
doctrine iranienne est connue : gagner du temps, enliser
l’adversaire, le fatiguer jusqu’à ce qu’il accepte une
négociation molle. Chaque cessez-le-feu permet aux Gardiens de la
Révolution de reconstituer ses stocks et de maintenir ses réseaux
de contrebande.
Le blocus
naval : une fausse solution
Le
blocus naval actuel, présenté comme une arme de pression, reste une
fausse solution. Il est incomplet face à la contrebande terrestre et
fait surtout peser un risque majeur de catastrophe environnementale :
une nappe de pétrole massive dans le Golfe semi-fermé polluerait
durablement les côtes arabes, le dessalement d’eau et la pêche.
L’alternative
radicale : couper les canalisations et vendre le pétrole
La
véritable façon d’asphyxier le régime passe par une approche
plus ciblée et plus brutale :
Couper
les canalisations internes qui alimentent les raffineries
et les grandes villes iraniennes.
Laisser
les Iraniens gérer eux-mêmes les champs pétrolifères
(car c’est dans leur intérêt de continuer à produire).
Maintenir
le blocus naval sur tous les navires entrant et sortant
des ports iraniens, sauf pour le pétrole que l’on autorise à
sortir uniquement pour le vendre sur le marché international et
garder l’argent.
Cette
saisie des revenus prive directement les Gardiens de la Révolution
de ses ressources tout en limitant le risque immédiat d’une marée
noire massive.
Asphyxier
le centre du pouvoir
Si le
régime s’accroche grâce à des réserves cachées, il faut
frapper plus loin : couper 2 ou 3 ponts majeurs desservant Téhéran,
frapper progressivement les centrales électriques selon la riposte
iranienne, et rétablir l’internet ouvert pour que la population
voie en temps réel les conséquences des choix du régime.
La
participation des pays du Golfe
Les
pays du Golfe disposent de forces aériennes performantes et
modernes. Ils ne peuvent plus se contenter d’un rôle défensif.
Ils doivent assurer la supériorité
aérienne dans le Golfe afin de libérer les forces
américaines pour mener des actions plus profondes à l’intérieur
de l’Iran.
Le risque
du réflexe de survie
Les
fissures au sein du régime posent une question centrale : sont-elles
le signe d’un affaiblissement réel… ou simplement d’une
transformation qui rend le système encore plus difficile à faire
tomber ? Face à une attaque extérieure massive, un régime même
fragilisé peut resserrer ses rangs, mobiliser le sentiment national
et renforcer les acteurs les plus radicaux.
Sortir de
la zone grise… mais comment ?
Le
véritable danger n’est pas de prendre un risque. C’est de croire
qu’on peut en contrôler toutes les conséquences.
Le
choix n’est plus entre action et inaction. Il est entre deux types
de risques : l’usure lente dans la zone grise, ou l’action
décisive pour trancher la tête et le corps de l’hydre.
Conclusion
Le
système iranien évolue, mais il reste dominé par les Gardiens de
la Révolution, résilients et pragmatiques dans la préservation du
pouvoir. Les demi-mesures profitent à Téhéran.
Sortir
définitivement de cette ambiguïté exige aujourd’hui une
stratégie claire : maintenir le blocus naval (sauf pour le pétrole
que l’on vend), couper les canalisations internes, asphyxier
Téhéran (ponts, électricité,..) et faire participer activement
les forces aériennes des pays du Golfe pour assurer la supériorité
aérienne dans le Golfe.
Le
temps de la neutralité passive est terminé. L’heure est venue de
trancher.
#Aftermath
#Iran #GardiensDeLaRévolution
@PascalBoniface
@DominiqueMoisi @BrunoTertrais @CyrilLouis @jeanmarcjancovici