De Madrid à l’UMA :
le pari de la maturité marocaine face aux crispations régionales
Introduction
Depuis plusieurs mois, le Maroc fait face à des campagnes
médiatiques hostiles, répétitives et souvent caricaturales, qui prétendaient
fragiliser sa position, isoler ses choix ou semer le doute au sein de sa
société. Le résultat a été exactement inverse : ces attaques n’ont fait que
renforcer la cohésion nationale et consolider le lien organique entre le Trône
et le peuple, dans une confiance réciproque forgée par l’épreuve et la
constance.
C’est dans ce climat que s’inscrivent les rencontres de
Madrid sur le Sahara marocain. Loin du bruit et des postures excessives, elles
s’inscrivent dans une continuité amorcée depuis plusieurs années, marquée par
une clarification progressive des positions internationales. Cette évolution
doit beaucoup à des décisions courageuses prises à un moment charnière, lorsque
certains acteurs internationaux majeurs ont choisi de rompre avec l’ambiguïté
pour privilégier la lisibilité et le réalisme, redéfinissant durablement les
paramètres du dossier.
Face à cette dynamique, la tentation est grande de répondre
aux crispations régionales par la dénonciation frontale. Pourtant, la maturité
marocaine invite à une autre voie : celle de la pédagogie, de l’apaisement et
de l’accompagnement — non par faiblesse, mais par lucidité.
I. Madrid : une
étape de clarification, pas une rupture
Les rencontres de Madrid ne constituent pas une mise en
scène diplomatique ni un tournant brutal. Elles ont confirmé une évolution déjà
perceptible : le dossier du Sahara n’est plus traité comme un contentieux figé,
mais comme une question appelée à une solution réaliste, durable et conforme
aux équilibres régionaux.
Le Maroc n’a rien imposé. Il a maintenu le cap, avec
constance et clarté, laissant les faits parler d’eux-mêmes. Cette posture
tranche avec les approches fondées sur la dramatisation ou la surenchère, qui
finissent toujours par se heurter à leurs propres limites.
II. Comprendre les
positions algériennes : une nécessité pour durer
Il serait réducteur de lire la position algérienne
uniquement à travers le prisme de l’hostilité. L’Algérie est aussi le produit
d’une histoire lourde, marquée par les réflexes de la guerre froide, par une
culture politique fondée sur la confrontation et par le poids d’une
nomenklatura ayant bâti sa légitimité sur des équilibres anciens.
De la même manière, toute solution durable suppose
d’entendre les perceptions, les sensibilités, les craintes, les attentes et les
récits régionaux et locaux. Les ignorer serait entretenir l’incompréhension ;
les absolutiser serait s’éloigner du cadre international. La maturité consiste
à les écouter sans remettre en cause les fondements historiques, juridiques et
politiques déjà établis.
Comprendre ne signifie ni excuser ni céder. Cela permet
simplement de mesurer l’ampleur du défi et la profondeur des blocages.
III. Pédagogie oui,
naïveté non : faire face à une résistance de long terme
Le Maroc ne fait pas face à une divergence conjoncturelle,
mais à un courant de résistance structuré depuis plus de soixante ans, enraciné
dans des représentations politiques, institutionnelles et idéologiques
anciennes.
C’est ici que la nuance s’impose : oui à la pédagogie, non à
la naïveté. Cette résistance ne s’effacera ni par des gestes symboliques ni par
un simple changement de ton. Être pédagogue, c’est expliquer sans relâche,
répéter avec constance et avancer sans se laisser entraîner dans l’émotion ou
la provocation.
Le temps n’est pas un handicap pour le Maroc ; il est un
allié lorsque l’on est sûr de la solidité de sa position.
IV. Le plan
d’autonomie : une issue désormais consacrée
Dans ce contexte, le plan d’autonomie proposé par le Maroc
s’impose comme l’unique issue crédible et réaliste. Cette réalité a été
formellement consacrée par la résolution 2797 du Conseil de sécurité, qui
entérine cette approche comme base sérieuse pour le règlement du différend.
Il ne s’agit plus d’un projet défendu par un seul État, mais
d’un cadre reconnu autour duquel se structure aujourd’hui l’essentiel du
consensus international. Le soutien constant et assumé des États-Unis a joué un
rôle déterminant dans cette clarification, en rompant avec les ambiguïtés du
passé et en renforçant une dynamique fondée sur le réalisme et la stabilité.
Cette convergence n’a pas pour vocation d’isoler ou
d’humilier, mais de sortir d’un statu quo devenu coûteux pour tous.
V. Sahara et avenir
maghrébin : une équation indissociable
Dans un monde qui s’organise autour d’ensembles régionaux
intégrés, la persistance des blocages maghrébins apparaît comme une anomalie
historique. En s’enfermant dans une lecture strictement conflictuelle du
dossier du Sahara, l’Algérie se prive d’opportunités économiques, humaines et
régionales majeures.
Le Maroc, de son côté, a intérêt à démontrer que la voie de
l’autonomie n’est pas une victoire contre un voisin ou contre une population,
mais une opportunité de réconciliation, de développement partagé et de
projection collective.
Conclusion
De Madrid à l’horizon de l’Union du Maghreb Arabe, le pari
marocain est clair : avancer avec patience, constance et hauteur. Être
pédagogue sans être naïf. Écouter sans renoncer à l’essentiel.
La véritable réussite ne sera pas celle d’un camp qui
triomphe, mais celle d’un Maghreb capable, enfin, de se réconcilier avec son
avenir.
La vigilance reste de mise, car le diable est toujours dans
le détail.
