La guerre est-elle vraiment finie en Iran ?
Beaucoup peinent aujourd’hui à comprendre l’affirmation
selon laquelle « la guerre en Iran est finie ». Cette incompréhension vient
souvent d’une confusion entre deux niveaux distincts : le niveau militaire et
le niveau politique.
Du point de vue strictement militaire, la guerre peut être
considérée comme terminée dès lors que les objectifs fixés aux forces engagées
ont été atteints. Pour les commandants qui conduisent une opération, le critère
est clair : la liste de ciblage. Lorsque toutes les cibles répondent au
centre de gravité politique, sont inscrites sur cette liste et traitées —
infrastructures, centres de commandement, capacités militaires —, la mission
est accomplie.
À ce moment-là, pour les militaires, l’opération est
terminée. La planification et l’exécution ont produit l’effet recherché. Les
forces engagées n’ont plus d’actions à mener : leurs objectifs opérationnels
ont été atteints. Autrement dit, la machine militaire a fait son travail.
Mais cela ne signifie pas pour autant que la guerre est
réellement finie.
Car la guerre ne se résume pas à la destruction d’objectifs
militaires. Elle est aussi — et surtout — un instrument politique, comme l’a
théorisé Carl von Clausewitz dans De la guerre. Les diplomates et les
responsables politiques poursuivent des objectifs qui dépassent largement la
dimension opérationnelle : modifier un comportement, obtenir des concessions,
imposer un nouveau rapport de force ou transformer un équilibre régional.
Cette réalité n’est pas nouvelle. Déjà, Niccolò Machiavelli
rappelait dans Le Prince qu’il ne suffit pas de conquérir un État ;
encore faut-il savoir le conserver par la prudence et l’habileté. C’est
précisément là que réside le danger de l’après : les frappes peuvent
être terminées, mais la capacité à stabiliser, à préserver et à transformer
durablement le rapport de force reste un défi immense, souvent sous-estimé.
Or ces objectifs politiques ne sont pas nécessairement
atteints lorsque les objectifs militaires le sont. Il peut même exister un
décalage profond entre les deux temporalités : les militaires terminent leur
mission, tandis que les diplomates commencent véritablement la leur.
En réalité, les militaires produisent des effets, tandis
que les responsables politiques cherchent des résultats.
Les objectifs militaires sont palpables : leurs effets sont
visibles par tous. Des bases détruites, des systèmes neutralisés, des
infrastructures frappées. L’opinion publique peut constater ces résultats
immédiatement. La diplomatie, au contraire, obéit à une logique de discrétion
et de longue haleine. Les négociations se déroulent souvent loin des caméras,
dans des canaux indirects ou informels, et leurs effets ne se mesurent qu’avec
le temps.
C’est pourquoi une impression paradoxale peut apparaître :
la guerre semble terminée sur le terrain, mais elle continue en réalité sur le
plan politique — et surtout dans l’après.
En définitive, toute guerre possède deux fins différentes :
- La fin militaire, lorsque les objectifs
opérationnels ont été atteints.
- La fin politique, lorsque les objectifs
poursuivis par l’État sont réalisés.
Entre ces deux moments peut s’ouvrir une période
d’incertitude où les armes se taisent, mais où la guerre n’est pas encore
véritablement terminée. Car dans toute guerre, les militaires ferment une
opération ; seuls les politiques ferment la guerre.
Et c’est précisément dans cet intervalle — entre succès
militaire et résultat politique — que se joue souvent la véritable issue d’un
conflit.
@PascalBoniface @G_Courade @InstitutMontaigne @IFRI @Michel_Goya

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