mardi 10 mars 2026

La guerre est-elle vraiment finie en Iran ?

 

La guerre est-elle vraiment finie en Iran ?

Beaucoup peinent aujourd’hui à comprendre l’affirmation selon laquelle « la guerre en Iran est finie ». Cette incompréhension vient souvent d’une confusion entre deux niveaux distincts : le niveau militaire et le niveau politique.

Du point de vue strictement militaire, la guerre peut être considérée comme terminée dès lors que les objectifs fixés aux forces engagées ont été atteints. Pour les commandants qui conduisent une opération, le critère est clair : la liste de ciblage. Lorsque toutes les cibles répondent au centre de gravité politique, sont inscrites sur cette liste et traitées — infrastructures, centres de commandement, capacités militaires —, la mission est accomplie.

À ce moment-là, pour les militaires, l’opération est terminée. La planification et l’exécution ont produit l’effet recherché. Les forces engagées n’ont plus d’actions à mener : leurs objectifs opérationnels ont été atteints. Autrement dit, la machine militaire a fait son travail.

Mais cela ne signifie pas pour autant que la guerre est réellement finie.

Car la guerre ne se résume pas à la destruction d’objectifs militaires. Elle est aussi — et surtout — un instrument politique, comme l’a théorisé Carl von Clausewitz dans De la guerre. Les diplomates et les responsables politiques poursuivent des objectifs qui dépassent largement la dimension opérationnelle : modifier un comportement, obtenir des concessions, imposer un nouveau rapport de force ou transformer un équilibre régional.

Cette réalité n’est pas nouvelle. Déjà, Niccolò Machiavelli rappelait dans Le Prince qu’il ne suffit pas de conquérir un État ; encore faut-il savoir le conserver par la prudence et l’habileté. C’est précisément là que réside le danger de l’après : les frappes peuvent être terminées, mais la capacité à stabiliser, à préserver et à transformer durablement le rapport de force reste un défi immense, souvent sous-estimé.

Or ces objectifs politiques ne sont pas nécessairement atteints lorsque les objectifs militaires le sont. Il peut même exister un décalage profond entre les deux temporalités : les militaires terminent leur mission, tandis que les diplomates commencent véritablement la leur.

En réalité, les militaires produisent des effets, tandis que les responsables politiques cherchent des résultats.

Les objectifs militaires sont palpables : leurs effets sont visibles par tous. Des bases détruites, des systèmes neutralisés, des infrastructures frappées. L’opinion publique peut constater ces résultats immédiatement. La diplomatie, au contraire, obéit à une logique de discrétion et de longue haleine. Les négociations se déroulent souvent loin des caméras, dans des canaux indirects ou informels, et leurs effets ne se mesurent qu’avec le temps.

C’est pourquoi une impression paradoxale peut apparaître : la guerre semble terminée sur le terrain, mais elle continue en réalité sur le plan politique — et surtout dans l’après.

En définitive, toute guerre possède deux fins différentes :

  1. La fin militaire, lorsque les objectifs opérationnels ont été atteints.
  2. La fin politique, lorsque les objectifs poursuivis par l’État sont réalisés.

Entre ces deux moments peut s’ouvrir une période d’incertitude où les armes se taisent, mais où la guerre n’est pas encore véritablement terminée. Car dans toute guerre, les militaires ferment une opération ; seuls les politiques ferment la guerre.

Et c’est précisément dans cet intervalle — entre succès militaire et résultat politique — que se joue souvent la véritable issue d’un conflit.

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@PascalBoniface @G_Courade @InstitutMontaigne @IFRI @Michel_Goya



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