Bravo l’Algérie,
vous avez gagné des batailles
Par Dafir Mustapha @dafirmus
Bravo l’Algérie
Bravo pour ces coups bien placés, ces petites victoires
savourées dans l'instant, et cette énergie dépensée depuis 50 ans. Bravo
surtout pour avoir cru que ces actions cumulées pourraient ébranler le Maroc.
Si elles ont parfois fait mal, elles ont surtout servi de révélateur : exposant
vos intentions, mobilisant des alliés inattendus, et renforçant ce qui était
censé s’effriter. Depuis 2021, cette rivalité a explosé et s'est jouée sur
trois niveaux centraux du Maroc :
- au niveau stratégique, le pilier principal, le lien
Roi–peuple, socle de stabilité interne ;
- au niveau opérationnel, le champ d’influence
régional, l’Afrique, où les alliances et événements comme la CAN 2025
jouent un rôle clé ;
- au niveau tactique, les actions locales, incidents
au Sahel et à la frontière.
À travers ces prismes, vos “gains” apparaissent pour ce
qu’ils sont : des succès éphémères qui, ironiquement, ont consolidé la position
marocaine.
Bravo pour avoir
renforcé le lien Roi–peuple
Chapeau pour l'insistance à viser ce qui fait la force
interne du Maroc, ce que l’on peut considérer comme son centre de gravité (CoG)
— la source d’où le Maroc tire sa puissance morale, sa liberté d’action et sa
capacité à se développer. Cette notion est développée plus en détail dans
l’ouvrage de l’auteur (voir fin d’article). Depuis 50 ans, vos campagnes
médiatiques et propagandes ont parié sur des fissures : exploitant et gonflant
chaque tension sociale ou économique, accusant le Roi de tous les maux. Après
la rupture des liens en 2021, vous avez rectifié pour viser directement le lien
Roi–peuple. Résultat ? Chaque effort a produit l’effet inverse. Le patriotisme
défensif s’est réveillé.
Le séisme d’Al Haouz en 2023, avec près de 3 000 morts et 6
000 blessés, a été géré rapidement et avec transparence par le Roi et les
institutions.
Deux ans plus tard, la reconstruction reste exemplaire. Même
face aux protestations de la jeunesse en 2025 (GenZ 212) ou aux inondations
massives de février 2026 dans le nord-ouest – avec submersion de 110 000
hectares, évacuation de 113 000 à 188 000 personnes, et un plan d'aide de 330
millions USD – la capacité d’absorption du système marocain s’est affirmée :
coordination rapide, secours efficaces, mobilisation populaire. Vos efforts
pour déstabiliser ce pilier fondamental ont donc été, ironiquement, des
accélérateurs de cohésion nationale.
II. Bravo pour la
“victoire” au niveau opératif
: l’Afrique
Au niveau opératif, vos initiatives en Afrique visaient à
contrer l’influence marocaine, mais elles ont eu l’effet contraire. Le Maroc,
depuis son retour à l’Union africaine en 2017, a tissé encore plus de
partenariats économiques et sécuritaires solides. Vos interventions –
médiations ou positions diplomatiques – ont parfois été perçues comme des
manœuvres visibles, ce qui a renforcé la légitimité du Maroc.
La CAN 2025, organisée au Maroc, illustre parfaitement ce
paradoxe. La victoire sportive du Sénégal a été actée sur le terrain. Mais des
incidents périphériques (jets de projectiles, vandalisme, envahissement partiel
du terrain) ont transformé l’événement en débat politique.
Parmi les personnes poursuivies pour hooliganisme et
violences il y a 18 Sénégalais et un Algérien, ces actes ont alimenté un débat
continental sur l'instrumentalisation politique du sport. En Algérie, certains
ont salué ces incidents comme une revanche symbolique.
Effet boomerang : la CAF et plusieurs États africains ont
renforcé leur soutien au Maroc et sa réputation d’hôte fiable.
Le contraste entre le “bruit” des réseaux sociaux algériens
et le “vote” silencieux des diplomates africains en février 2026 est frappant.
À l’UA, le Maroc a été élu au Conseil Paix et Sécurité avec 34 votes
favorables. En voulant isoler le Maroc, vous avez fini par renforcer sa
légitimité continentale.
III. Bravo pour les
actions tactiques : le Sahel et la frontière
Vos tentatives plus concrètes ont visé les flux commerciaux
et sécuritaires. En janvier 2025, quatre camionneurs marocains ont disparu
entre Burkina Faso et Niger. Les embuscades de 2024–2025 au Sahel visaient à
perturber le transit vers le Sud. Résultat : ces événements ont déclenché une
coopération régionale renforcée. Burkina Faso, Niger et Mali ont amélioré la
sécurité des corridors.
Les partenaires internationaux ont accru la coordination
avec le Maroc.
Ces incidents ont mis en lumière la stabilité marocaine et
accéléré les reconnaissances internationales de la marocanité du Sahara (France
2024, Royaume-Uni 2025…).
Vos actions tactiques ont donc, encore une fois, produit un
effet contraire : elles ont ouvert les yeux des partenaires et solidifié les
alliances.
Conclusion : gagner
des rounds, perdre l’essentiel
Bravo l’Algérie pour ces rounds ponctuels, souvent commentés
et surmédiatisés. Mais en fin de compte, le bilan est clair : vos initiatives
ont renforcé le Maroc, consolidé son centre de gravité, et clarifié ses
alliances régionales et internationales. L’alternative existe : coopérer dans
le respect des intérêts communs. Ce serait une vraie avancée pour tous.
Pour aller plus loin Pour une analyse approfondie du centre
de gravité (CoG) et de son application aux dynamiques régionales, voir
l’ouvrage de l’auteur : [L’Art Opérationnel : le salut face à l’IA], Mustapha
Dafir – disponible sur dafirmus.gumroad.com/l/vjbct
