vendredi 13 février 2026

Bravo l’Algérie, vous avez gagné des batailles

Par Dafir Mustapha @dafirmus

Bravo l’Algérie

Bravo pour ces coups bien placés, ces petites victoires savourées dans l'instant, et cette énergie dépensée depuis 50 ans. Bravo surtout pour avoir cru que ces actions cumulées pourraient ébranler le Maroc. Si elles ont parfois fait mal, elles ont surtout servi de révélateur : exposant vos intentions, mobilisant des alliés inattendus, et renforçant ce qui était censé s’effriter. Depuis 2021, cette rivalité a explosé et s'est jouée sur trois niveaux centraux du Maroc :

  1. au niveau stratégique, le pilier principal, le lien Roi–peuple, socle de stabilité interne ;
  2. au niveau opérationnel, le champ d’influence régional, l’Afrique, où les alliances et événements comme la CAN 2025 jouent un rôle clé ;
  3. au niveau tactique, les actions locales, incidents au Sahel et à la frontière.

À travers ces prismes, vos “gains” apparaissent pour ce qu’ils sont : des succès éphémères qui, ironiquement, ont consolidé la position marocaine.

Bravo pour avoir renforcé le lien Roi–peuple

Chapeau pour l'insistance à viser ce qui fait la force interne du Maroc, ce que l’on peut considérer comme son centre de gravité (CoG) — la source d’où le Maroc tire sa puissance morale, sa liberté d’action et sa capacité à se développer. Cette notion est développée plus en détail dans l’ouvrage de l’auteur (voir fin d’article). Depuis 50 ans, vos campagnes médiatiques et propagandes ont parié sur des fissures : exploitant et gonflant chaque tension sociale ou économique, accusant le Roi de tous les maux. Après la rupture des liens en 2021, vous avez rectifié pour viser directement le lien Roi–peuple. Résultat ? Chaque effort a produit l’effet inverse. Le patriotisme défensif s’est réveillé.

Le séisme d’Al Haouz en 2023, avec près de 3 000 morts et 6 000 blessés, a été géré rapidement et avec transparence par le Roi et les institutions.

Deux ans plus tard, la reconstruction reste exemplaire. Même face aux protestations de la jeunesse en 2025 (GenZ 212) ou aux inondations massives de février 2026 dans le nord-ouest – avec submersion de 110 000 hectares, évacuation de 113 000 à 188 000 personnes, et un plan d'aide de 330 millions USD – la capacité d’absorption du système marocain s’est affirmée : coordination rapide, secours efficaces, mobilisation populaire. Vos efforts pour déstabiliser ce pilier fondamental ont donc été, ironiquement, des accélérateurs de cohésion nationale.

II. Bravo pour la “victoire” au niveau opératif : l’Afrique

Au niveau opératif, vos initiatives en Afrique visaient à contrer l’influence marocaine, mais elles ont eu l’effet contraire. Le Maroc, depuis son retour à l’Union africaine en 2017, a tissé encore plus de partenariats économiques et sécuritaires solides. Vos interventions – médiations ou positions diplomatiques – ont parfois été perçues comme des manœuvres visibles, ce qui a renforcé la légitimité du Maroc.

La CAN 2025, organisée au Maroc, illustre parfaitement ce paradoxe. La victoire sportive du Sénégal a été actée sur le terrain. Mais des incidents périphériques (jets de projectiles, vandalisme, envahissement partiel du terrain) ont transformé l’événement en débat politique.

Parmi les personnes poursuivies pour hooliganisme et violences il y a 18 Sénégalais et un Algérien, ces actes ont alimenté un débat continental sur l'instrumentalisation politique du sport. En Algérie, certains ont salué ces incidents comme une revanche symbolique.

Effet boomerang : la CAF et plusieurs États africains ont renforcé leur soutien au Maroc et sa réputation d’hôte fiable.

Le contraste entre le “bruit” des réseaux sociaux algériens et le “vote” silencieux des diplomates africains en février 2026 est frappant. À l’UA, le Maroc a été élu au Conseil Paix et Sécurité avec 34 votes favorables. En voulant isoler le Maroc, vous avez fini par renforcer sa légitimité continentale.

III. Bravo pour les actions tactiques : le Sahel et la frontière

Vos tentatives plus concrètes ont visé les flux commerciaux et sécuritaires. En janvier 2025, quatre camionneurs marocains ont disparu entre Burkina Faso et Niger. Les embuscades de 2024–2025 au Sahel visaient à perturber le transit vers le Sud. Résultat : ces événements ont déclenché une coopération régionale renforcée. Burkina Faso, Niger et Mali ont amélioré la sécurité des corridors.

Les partenaires internationaux ont accru la coordination avec le Maroc.

Ces incidents ont mis en lumière la stabilité marocaine et accéléré les reconnaissances internationales de la marocanité du Sahara (France 2024, Royaume-Uni 2025…).

Vos actions tactiques ont donc, encore une fois, produit un effet contraire : elles ont ouvert les yeux des partenaires et solidifié les alliances.

Conclusion : gagner des rounds, perdre l’essentiel

Bravo l’Algérie pour ces rounds ponctuels, souvent commentés et surmédiatisés. Mais en fin de compte, le bilan est clair : vos initiatives ont renforcé le Maroc, consolidé son centre de gravité, et clarifié ses alliances régionales et internationales. L’alternative existe : coopérer dans le respect des intérêts communs. Ce serait une vraie avancée pour tous.

Pour aller plus loin Pour une analyse approfondie du centre de gravité (CoG) et de son application aux dynamiques régionales, voir l’ouvrage de l’auteur : [L’Art Opérationnel : le salut face à l’IA], Mustapha Dafir – disponible sur dafirmus.gumroad.com/l/vjbct

 

 



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire