Iran 2026 : et si la décapitation du régime avait libéré ses démons les plus radicaux ?
Dans un précédent article, j’écrivais que la guerre n’est
jamais un processus linéaire.
Dans un autre, j’ai même avancé l’hypothèse d’un « game over
» pour le régime iranien.
Mais il existe une hypothèse que presque personne ne semble
regarder.
Et si le problème n’était pas l’effondrement du pouvoir… mais
sa capture par une nouvelle génération radicale ?
Cette hypothèse pourrait précisément expliquer pourquoi la
guerre n’est toujours pas terminée.
Nous sommes le 11 mars 2026. Treize jours se sont écoulés
depuis les frappes américano-israéliennes du 28 février.
Les missiles iraniens continuent de frapper Israël et
certaines installations énergétiques du Golfe.
Les frappes de riposte continuent de viser Téhéran.
Et malgré la décapitation d’une partie de la hiérarchie du
régime, aucun cessez-le-feu n’apparaît à l’horizon. Pourquoi ?
Parce que le pouvoir n’a peut-être pas disparu.
Il a peut-être été capturé — plus vite et plus radicalement
que prévu — par la génération qui attendait son heure depuis vingt ans.
Une frustration accumulée pendant des décennies
Depuis la fin de la guerre Iran-Irak, le système militaire
iranien repose sur la même génération. Les mêmes vétérans. Les mêmes réseaux.
Les mêmes hommes. Pendant plus de trente ans, la colonne vertébrale du pouvoir
militaire est restée dominée par ceux qui avaient combattu dans les années
1980.
Pour les officiers plus jeunes du Corps des Gardiens de la
révolution islamique, le message a toujours été le même : attendre. Attendre
que les anciens se retirent. Attendre que le système évolue. Attendre leur
tour. Mais ce tour ne venait jamais.
Au fil des années, cette attente s’est transformée en
frustration générationnelle.
Car l’histoire montre toujours la même chose : lorsqu’un
système politique se fige trop longtemps, il finit par produire une génération
qui refuse d’attendre davantage. Une génération qui conclut que si l’histoire
n’avance pas, il faut la forcer.
L’héritage idéologique d’Ahmadinejad
C’est dans ce contexte que réapparaît une figure que
beaucoup pensaient politiquement enterrée : Mahmoud Ahmadinejad. Pendant des
années, son courant a été marginalisé au sein du régime. Trop radical. Trop
imprévisible. Trop populiste pour l’establishment religieux.
Mais les idées ne disparaissent jamais vraiment dans les
systèmes politiques fermés. Ses réseaux ont continué d’exister : dans certaines
administrations, dans les milieux universitaires conservateurs, et surtout dans
certains cercles du Corps des Gardiens de la révolution islamique.
Pour une partie des officiers formés dans les années 2000 et
2010 — aujourd’hui âgés de 40 à 55 ans —, Ahmadinejad incarnait une rupture
avec l’ordre établi. Un mélange de populisme religieux, de défiance envers les
élites traditionnelles et d’idée que la confrontation avec l’Occident n’est pas
un danger mais une nécessité historique.
La disparition de l’homme, la survie de l’idéologie
Les informations concernant le sort personnel d’Ahmadinejad
restent d’ailleurs confuses. Sa résidence aurait été frappée lors des premières
heures des opérations du 28 février. Certains médias iraniens l’ont déclaré
mort, d’autres évoquent une tentative d’élimination manquée. Mais au fond, la
question n’est peut-être plus celle de sa survie personnelle.
Car son idéologie lui a peut-être déjà survécu. Elle s’est
diffusée chez une génération d’officiers intermédiaires qui n’ont pas connu la
révolution de 1979 ni la guerre Iran-Irak. Ils ont connu autre chose : un
système figé, dominé par les vétérans.
Le moment que ces radicaux attendaient
Le 28 février 2026 a bouleversé cet équilibre. Ali Khamenei
a été tué lors des premières frappes américano-israéliennes conjointes.
Quelques jours plus tard, son fils Mojtaba Khamenei, 56 ans, a été désigné
Guide suprême par l’Assemblée des experts, sous forte pression des Gardiens de
la révolution. L’IRGC a littéralement forcé la main des ayatollahs, malgré le
testament explicite du père.
Mojtaba n’est pas un religieux traditionnel. Depuis deux
décennies, il est profondément lié aux réseaux sécuritaires. Il a joué un rôle
clé dans l’élection controversée d’Ahmadinejad en 2005 et dans la répression du
Mouvement vert en 2009. Autrement dit, l’homme qui incarne aujourd’hui le
sommet du régime est lui-même issu du système qui nourrit cette nouvelle
génération radicale.
Une prise d’influence silencieuse
Si cette génération radicale progresse au sein du Corps des
Gardiens, elle ne le fait pas par un coup d’État spectaculaire. Elle avance
autrement : par infiltration progressive. Un commandant local acquis à cette
ligne.
Une unité plus radicale qu’une autre. Une décision prise
sans validation du centre. Et peu à peu, presque invisiblement, l’équilibre
interne du régime se transforme.
Officiellement, le commandement reste centralisé sous
Mojtaba. Mais dans les faits, le centre peut finir par suivre la dynamique
imposée par la décentralisation forcée par la décapitation du régime.
Quand l’escalade devient une stratégie
Pour cette génération, la guerre peut devenir un outil de
transformation interne. Plus le conflit dure, plus les structures anciennes
sont fragilisées, plus les officiers intermédiaires deviennent indispensables,
plus les radicaux gagnent en influence. La guerre devient alors un accélérateur
politique. Un moyen de rebattre les cartes internes du pouvoir.
Le scénario que personne ne veut voir
Si cette dynamique se confirme, la nature du conflit change
profondément.
On ne parle plus simplement d’un État cherchant à contrôler
l’escalade. On parle d’un système en train d’être transformé par une génération
pour laquelle la confrontation extérieure peut devenir un instrument de pouvoir
interne. Dans ce cas, le danger n’est pas seulement la guerre. Le danger est la
transformation du régime par la guerre.
Et le peuple iranien dans tout ça ? Face à cette
radicalisation venue d’en haut, une variable reste largement sous-estimée : la
réaction du peuple iranien lui-même. Les images de célébrations spontanées dans
les rues de Téhéran, de Mashhad, de Tabriz et dans la diaspora juste après
l’annonce de la mort d’Ali Khamenei ont montré que des millions d’Iraniens
n’ont pas vécu cette décapitation comme un deuil national, mais comme une
brèche inattendue dans le mur du régime.
Les grandes manifestations de janvier 2026, qui avaient déjà
ébranlé le système, n’ont jamais vraiment disparu : elles ont simplement été
mises en sourdine par l’entrée en guerre.
Aujourd’hui, avec un Mojtaba encore plus inféodé à l’IRGC et
une nouvelle génération de radicaux ahmadinejadistes aux commandes, la
répression risque de devenir encore plus brutale. Mais l’histoire iranienne l’a
déjà prouvé à plusieurs reprises : plus le régime durcit le ton, plus la colère
populaire s’accumule et finit par explose. Fatigue extrême de la guerre,
effondrement économique total, exécutions publiques, coupures d’internet
généralisées… le peuple n’est pas un spectateur passif. Il pourrait bien devenir
le véritable antidote à ces « démons » que la décapitation du régime a libérés.
Une nouvelle vague de soulèvement interne, cette fois
dirigée contre un pouvoir encore plus radicalisé et militarisé, reste
l’hypothèse la plus sous-estimée… et peut-être la plus dangereuse pour les
jeunes radicaux qui pensent tenir désormais les rênes.
Conclusion
Depuis le début du conflit, la plupart des analyses se
concentrent sur une seule interrogation : Que veut faire Téhéran ? Mais si le
pouvoir est en train d’être capturé par cette nouvelle génération, cette
question devient secondaire.
La seule question qui compte vraiment est celle-ci : qui
contrôle réellement les armes aujourd’hui ? Car dans l’histoire, les moments
les plus dangereux ne sont pas ceux où les régimes sont les plus forts. Ce sont
ceux où une nouvelle génération décide que son heure est enfin venue. Et en
Iran, cette heure a commencé le 28 février 2026. La guerre ne se poursuit
peut-être pas malgré le chaos. Elle se poursuit peut-être parce qu’elle sert
ceux qui sont en train de prendre le pouvoir. Et si cette hypothèse s’avérait
juste ?
Alors la question suivante deviendrait inévitable : comment
réagiraient les États-Unis et Israël face à un régime iranien non pas affaibli…
mais radicalisé par sa propre succession générationnelle ? Car dans ce cas, la
guerre qui vient de commencer pourrait n’être que le premier acte d’une
transformation beaucoup plus profonde du pouvoir iranien… ou de son
effondrement final sous la pression conjuguée de ses démons internes et de la
colère de son propre peuple.
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