mercredi 11 mars 2026

Iran 2026 : et si la décapitation du régime avait libéré ses démons les plus radicaux ?

 

 Iran 2026 : et si la décapitation du régime avait libéré ses démons les plus radicaux ?

Dans un précédent article, j’écrivais que la guerre n’est jamais un processus linéaire.

Dans un autre, j’ai même avancé l’hypothèse d’un « game over » pour le régime iranien.

Mais il existe une hypothèse que presque personne ne semble regarder.

Et si le problème n’était pas l’effondrement du pouvoir… mais sa capture par une nouvelle génération radicale ?

Cette hypothèse pourrait précisément expliquer pourquoi la guerre n’est toujours pas terminée.

Nous sommes le 11 mars 2026. Treize jours se sont écoulés depuis les frappes américano-israéliennes du 28 février.

Les missiles iraniens continuent de frapper Israël et certaines installations énergétiques du Golfe.

Les frappes de riposte continuent de viser Téhéran.

Et malgré la décapitation d’une partie de la hiérarchie du régime, aucun cessez-le-feu n’apparaît à l’horizon. Pourquoi ?

Parce que le pouvoir n’a peut-être pas disparu.

Il a peut-être été capturé — plus vite et plus radicalement que prévu — par la génération qui attendait son heure depuis vingt ans.

Une frustration accumulée pendant des décennies

Depuis la fin de la guerre Iran-Irak, le système militaire iranien repose sur la même génération. Les mêmes vétérans. Les mêmes réseaux. Les mêmes hommes. Pendant plus de trente ans, la colonne vertébrale du pouvoir militaire est restée dominée par ceux qui avaient combattu dans les années 1980.

Pour les officiers plus jeunes du Corps des Gardiens de la révolution islamique, le message a toujours été le même : attendre. Attendre que les anciens se retirent. Attendre que le système évolue. Attendre leur tour. Mais ce tour ne venait jamais.

Au fil des années, cette attente s’est transformée en frustration générationnelle.

Car l’histoire montre toujours la même chose : lorsqu’un système politique se fige trop longtemps, il finit par produire une génération qui refuse d’attendre davantage. Une génération qui conclut que si l’histoire n’avance pas, il faut la forcer.

L’héritage idéologique d’Ahmadinejad

C’est dans ce contexte que réapparaît une figure que beaucoup pensaient politiquement enterrée : Mahmoud Ahmadinejad. Pendant des années, son courant a été marginalisé au sein du régime. Trop radical. Trop imprévisible. Trop populiste pour l’establishment religieux.

Mais les idées ne disparaissent jamais vraiment dans les systèmes politiques fermés. Ses réseaux ont continué d’exister : dans certaines administrations, dans les milieux universitaires conservateurs, et surtout dans certains cercles du Corps des Gardiens de la révolution islamique.

Pour une partie des officiers formés dans les années 2000 et 2010 — aujourd’hui âgés de 40 à 55 ans —, Ahmadinejad incarnait une rupture avec l’ordre établi. Un mélange de populisme religieux, de défiance envers les élites traditionnelles et d’idée que la confrontation avec l’Occident n’est pas un danger mais une nécessité historique.

La disparition de l’homme, la survie de l’idéologie

Les informations concernant le sort personnel d’Ahmadinejad restent d’ailleurs confuses. Sa résidence aurait été frappée lors des premières heures des opérations du 28 février. Certains médias iraniens l’ont déclaré mort, d’autres évoquent une tentative d’élimination manquée. Mais au fond, la question n’est peut-être plus celle de sa survie personnelle.

Car son idéologie lui a peut-être déjà survécu. Elle s’est diffusée chez une génération d’officiers intermédiaires qui n’ont pas connu la révolution de 1979 ni la guerre Iran-Irak. Ils ont connu autre chose : un système figé, dominé par les vétérans.

Le moment que ces radicaux attendaient

Le 28 février 2026 a bouleversé cet équilibre. Ali Khamenei a été tué lors des premières frappes américano-israéliennes conjointes. Quelques jours plus tard, son fils Mojtaba Khamenei, 56 ans, a été désigné Guide suprême par l’Assemblée des experts, sous forte pression des Gardiens de la révolution. L’IRGC a littéralement forcé la main des ayatollahs, malgré le testament explicite du père.

Mojtaba n’est pas un religieux traditionnel. Depuis deux décennies, il est profondément lié aux réseaux sécuritaires. Il a joué un rôle clé dans l’élection controversée d’Ahmadinejad en 2005 et dans la répression du Mouvement vert en 2009. Autrement dit, l’homme qui incarne aujourd’hui le sommet du régime est lui-même issu du système qui nourrit cette nouvelle génération radicale.

Une prise d’influence silencieuse

Si cette génération radicale progresse au sein du Corps des Gardiens, elle ne le fait pas par un coup d’État spectaculaire. Elle avance autrement : par infiltration progressive. Un commandant local acquis à cette ligne.

Une unité plus radicale qu’une autre. Une décision prise sans validation du centre. Et peu à peu, presque invisiblement, l’équilibre interne du régime se transforme.

Officiellement, le commandement reste centralisé sous Mojtaba. Mais dans les faits, le centre peut finir par suivre la dynamique imposée par la décentralisation forcée par la décapitation du régime.

Quand l’escalade devient une stratégie

Pour cette génération, la guerre peut devenir un outil de transformation interne. Plus le conflit dure, plus les structures anciennes sont fragilisées, plus les officiers intermédiaires deviennent indispensables, plus les radicaux gagnent en influence. La guerre devient alors un accélérateur politique. Un moyen de rebattre les cartes internes du pouvoir.

Le scénario que personne ne veut voir

Si cette dynamique se confirme, la nature du conflit change profondément.

On ne parle plus simplement d’un État cherchant à contrôler l’escalade. On parle d’un système en train d’être transformé par une génération pour laquelle la confrontation extérieure peut devenir un instrument de pouvoir interne. Dans ce cas, le danger n’est pas seulement la guerre. Le danger est la transformation du régime par la guerre.

Et le peuple iranien dans tout ça ? Face à cette radicalisation venue d’en haut, une variable reste largement sous-estimée : la réaction du peuple iranien lui-même. Les images de célébrations spontanées dans les rues de Téhéran, de Mashhad, de Tabriz et dans la diaspora juste après l’annonce de la mort d’Ali Khamenei ont montré que des millions d’Iraniens n’ont pas vécu cette décapitation comme un deuil national, mais comme une brèche inattendue dans le mur du régime.

Les grandes manifestations de janvier 2026, qui avaient déjà ébranlé le système, n’ont jamais vraiment disparu : elles ont simplement été mises en sourdine par l’entrée en guerre.

Aujourd’hui, avec un Mojtaba encore plus inféodé à l’IRGC et une nouvelle génération de radicaux ahmadinejadistes aux commandes, la répression risque de devenir encore plus brutale. Mais l’histoire iranienne l’a déjà prouvé à plusieurs reprises : plus le régime durcit le ton, plus la colère populaire s’accumule et finit par explose. Fatigue extrême de la guerre, effondrement économique total, exécutions publiques, coupures d’internet généralisées… le peuple n’est pas un spectateur passif. Il pourrait bien devenir le véritable antidote à ces « démons » que la décapitation du régime a libérés.

Une nouvelle vague de soulèvement interne, cette fois dirigée contre un pouvoir encore plus radicalisé et militarisé, reste l’hypothèse la plus sous-estimée… et peut-être la plus dangereuse pour les jeunes radicaux qui pensent tenir désormais les rênes.

Conclusion

Depuis le début du conflit, la plupart des analyses se concentrent sur une seule interrogation : Que veut faire Téhéran ? Mais si le pouvoir est en train d’être capturé par cette nouvelle génération, cette question devient secondaire.

La seule question qui compte vraiment est celle-ci : qui contrôle réellement les armes aujourd’hui ? Car dans l’histoire, les moments les plus dangereux ne sont pas ceux où les régimes sont les plus forts. Ce sont ceux où une nouvelle génération décide que son heure est enfin venue. Et en Iran, cette heure a commencé le 28 février 2026. La guerre ne se poursuit peut-être pas malgré le chaos. Elle se poursuit peut-être parce qu’elle sert ceux qui sont en train de prendre le pouvoir. Et si cette hypothèse s’avérait juste ?

Alors la question suivante deviendrait inévitable : comment réagiraient les États-Unis et Israël face à un régime iranien non pas affaibli… mais radicalisé par sa propre succession générationnelle ? Car dans ce cas, la guerre qui vient de commencer pourrait n’être que le premier acte d’une transformation beaucoup plus profonde du pouvoir iranien… ou de son effondrement final sous la pression conjuguée de ses démons internes et de la colère de son propre peuple.

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