La fin d’un dogme :
le QI n’est plus l’étalon universel
Le Renversement de l’Effet Flynn : déclin cognitif ou adaptation à une nouvelle ère numérique ?
Dans un tweet récent, @Rainmaker1973 attire l’attention sur
un phénomène intrigant : le renversement de l’effet Flynn.
Voici un résumé concis des éléments mis en avant :
- Les scientifiques ont observé un renversement de l’effet Flynn, une tendance historique — sur près de 200 ans — d’augmentation continue du QI moyen et des capacités cognitives d’une génération à l’autre.
- Pour la première fois, la génération Z (née approximativement entre 1997 et 2012) présente des performances inférieures à celles des générations précédentes en matière d’attention, de mémoire, d’alphabétisation, de fonctions exécutives, de résolution de problèmes et de QI général, malgré un nombre d’années d’éducation plus élevé.
- Le neuroscientifique Jared Cooney Horvath a témoigné devant un comité du Sénat américain le 15 janvier 2026, attribuant ce recul à l’exposition excessive aux écrans et à l’EdTech en classe, qui favorisent un apprentissage fragmenté plutôt que profond.
- Les adolescents passent aujourd’hui plus de la moitié de leur temps éveillé devant des écrans ; plusieurs études établissent une corrélation avec des résultats plus faibles en lecture, mathématiques, sciences et raisonnement, créant une « inadéquation structurelle » susceptible d’avoir des effets durables sur la société.
- Source : témoignage écrit de Horvath (2026).
Ce constat soulève une question alarmante : sommes-nous
en train de devenir moins intelligents ?
Mais une autre hypothèse mérite d’être posée : et si nos
outils de mesure n’étaient tout simplement plus adaptés à la civilisation
numérique actuelle ?
J’irais même plus loin : les programmes scolaires eux-mêmes
ne suivent plus l’évolution technologique et cognitive des nouvelles
générations. Une observation simple suffit à illustrer ce décalage : combien
d’adultes se retrouvent démunis face à un problème informatique ou sur un
smartphone, tandis qu’un enfant de 7 ans identifie instinctivement la solution
?
En valeur absolue, la masse de connaissances accessible
aujourd’hui dépasse de très loin celle des générations précédentes. Dès lors,
une question centrale s’impose : la “grille” de l’effet Flynn est-elle
devenue obsolète ?
Avons-nous encore besoin de mesurer l’intelligence
principalement à travers les compétences traditionnelles captées par les tests
de QI ?
Une évolution cognitive, pas un déclin
Le renversement de l’effet Flynn, observé notamment en
Norvège, au Danemark ou au Royaume-Uni, est souvent attribué à des facteurs
environnementaux, en particulier l’exposition accrue aux écrans numériques.
Plusieurs travaux indiquent que les scores de QI ont commencé à stagner, voire
à diminuer, autour de 2010 — période qui coïncide avec la généralisation des
smartphones et des tablettes.
Cela ne signifie pas nécessairement un déclin global de
l’intelligence humaine. Il pourrait plutôt s’agir d’une transformation des
priorités cognitives, adaptée à un monde hyperconnecté, où certaines
compétences historiquement valorisées — comme la mémorisation mécanique ou le
raisonnement abstrait linéaire — perdent de leur centralité au profit d’autres
formes d’habiletés, davantage orientées vers l’interaction avec la technologie
et l’accès immédiat à l’information.
L’analogie des muscles est éclairante : solliciter
intensément un bras le rend plus fort, sans que l’autre devienne inutilisable.
Il suffit de l’entraîner à nouveau pour qu’il retrouve ses capacités. De la
même manière, les générations actuelles développent un savoir différent,
souvent très performant dans les environnements technologiques. Ce n’est pas un
déclin, mais une spécialisation.
La neuroplasticité du cerveau — sa capacité à se réorganiser
en fonction de l’environnement — permet cette adaptation. Certes, une
exposition excessive aux écrans peut fragmenter l’attention et affaiblir
certaines fonctions comme la mémoire de travail. Mais ces effets ne sont ni
définitifs ni irréversibles : des pauses numériques et des entraînements
cognitifs ciblés montrent que ces capacités peuvent être réactivées. Elles ne
disparaissent pas ; elles sont simplement moins sollicitées.
L’IA comme catalyseur d’une nouvelle intelligence
L’essor de l’intelligence artificielle ajoute une dimension
décisive à ce débat. L’IA automatise aujourd’hui des tâches autrefois
considérées comme des piliers de l’intelligence humaine : calculs complexes,
programmation, optimisation de processus. Pourquoi mémoriser des formules ou
des procédures quand des outils peuvent les exécuter instantanément ?
Cette automatisation libère des ressources mentales pour des
tâches de niveau supérieur : formuler correctement un problème, évaluer la
pertinence d’une solution, interpréter des résultats, exercer un jugement
critique et innover. Utilisée intelligemment, l’IA peut même améliorer
l’apprentissage en réduisant la charge cognitive inutile et en facilitant la
compréhension.
Le risque existe néanmoins : celui d’une délégation
excessive de la réflexion à la machine. Mais employée comme un amplificateur —
et non comme un substitut — l’IA peut renforcer les capacités cognitives au
lieu de les affaiblir.
Si le QI ne suffit plus, que faut-il mesurer ?
Si le QI n’est plus l’étalon universel, de nouveaux
indicateurs de performance cognitive deviennent indispensables, notamment :
- La capacité à résoudre des problèmes complexes en s’appuyant sur des outils externes tout en gardant la maîtrise intellectuelle du raisonnement.
- La créativité assistée par la technologie, c’est-à-dire la faculté à produire des idées nouvelles en interaction avec des systèmes intelligents.
- La qualité des questions posées, devenue centrale dans un monde où les réponses sont immédiatement disponibles.
- La capacité d’apprentissage rapide et d’adaptation à des environnements changeants.
- Le discernement et le jugement critique face à l’abondance d’informations et de solutions automatisées.
Ces dimensions, largement absentes des tests de QI
classiques, sont pourtant devenues essentielles dans les environnements
professionnels et intellectuels contemporains.
Conclusion : vers un équilibre lucide et optimiste
Le renversement de l’effet Flynn n’est pas une catastrophe,
mais un signal. Il marque sans doute la fin d’un dogme : celui du QI
comme mesure universelle, intemporelle et suffisante de l’intelligence.
Nos cerveaux ne déclinent pas ; ils s’adaptent à un monde où
la technologie et l’intelligence artificielle redéfinissent profondément ce que
signifie “être intelligent”. Plutôt que de céder à la panique ou à la
nostalgie, il est temps de repenser l’éducation, les critères d’évaluation
cognitive et nos attentes collectives.
Les générations futures ne seront pas moins intelligentes.
Elles seront intelligentes autrement — et probablement mieux préparées à
un avenir que les anciens outils de mesure peinent encore à saisir.
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- The Risks of AI in Schools Outweigh the Benefits – NPR
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- Artificial Intelligence in
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