samedi 14 février 2026

La fin d’un dogme : le QI n’est plus l’étalon universel

Le Renversement de l’Effet Flynn : déclin cognitif ou adaptation à une nouvelle ère numérique ?

Dans un tweet récent, @Rainmaker1973 attire l’attention sur un phénomène intrigant : le renversement de l’effet Flynn.
Voici un résumé concis des éléments mis en avant :

  • Les scientifiques ont observé un renversement de l’effet Flynn, une tendance historique — sur près de 200 ans — d’augmentation continue du QI moyen et des capacités cognitives d’une génération à l’autre.
  • Pour la première fois, la génération Z (née approximativement entre 1997 et 2012) présente des performances inférieures à celles des générations précédentes en matière d’attention, de mémoire, d’alphabétisation, de fonctions exécutives, de résolution de problèmes et de QI général, malgré un nombre d’années d’éducation plus élevé.
  • Le neuroscientifique Jared Cooney Horvath a témoigné devant un comité du Sénat américain le 15 janvier 2026, attribuant ce recul à l’exposition excessive aux écrans et à l’EdTech en classe, qui favorisent un apprentissage fragmenté plutôt que profond.
  • Les adolescents passent aujourd’hui plus de la moitié de leur temps éveillé devant des écrans ; plusieurs études établissent une corrélation avec des résultats plus faibles en lecture, mathématiques, sciences et raisonnement, créant une « inadéquation structurelle » susceptible d’avoir des effets durables sur la société.
  • Source : témoignage écrit de Horvath (2026).

Ce constat soulève une question alarmante : sommes-nous en train de devenir moins intelligents ?

Mais une autre hypothèse mérite d’être posée : et si nos outils de mesure n’étaient tout simplement plus adaptés à la civilisation numérique actuelle ?

J’irais même plus loin : les programmes scolaires eux-mêmes ne suivent plus l’évolution technologique et cognitive des nouvelles générations. Une observation simple suffit à illustrer ce décalage : combien d’adultes se retrouvent démunis face à un problème informatique ou sur un smartphone, tandis qu’un enfant de 7 ans identifie instinctivement la solution ?

En valeur absolue, la masse de connaissances accessible aujourd’hui dépasse de très loin celle des générations précédentes. Dès lors, une question centrale s’impose : la “grille” de l’effet Flynn est-elle devenue obsolète ?

Avons-nous encore besoin de mesurer l’intelligence principalement à travers les compétences traditionnelles captées par les tests de QI ?

Une évolution cognitive, pas un déclin

Le renversement de l’effet Flynn, observé notamment en Norvège, au Danemark ou au Royaume-Uni, est souvent attribué à des facteurs environnementaux, en particulier l’exposition accrue aux écrans numériques. Plusieurs travaux indiquent que les scores de QI ont commencé à stagner, voire à diminuer, autour de 2010 — période qui coïncide avec la généralisation des smartphones et des tablettes.

Cela ne signifie pas nécessairement un déclin global de l’intelligence humaine. Il pourrait plutôt s’agir d’une transformation des priorités cognitives, adaptée à un monde hyperconnecté, où certaines compétences historiquement valorisées — comme la mémorisation mécanique ou le raisonnement abstrait linéaire — perdent de leur centralité au profit d’autres formes d’habiletés, davantage orientées vers l’interaction avec la technologie et l’accès immédiat à l’information.

L’analogie des muscles est éclairante : solliciter intensément un bras le rend plus fort, sans que l’autre devienne inutilisable. Il suffit de l’entraîner à nouveau pour qu’il retrouve ses capacités. De la même manière, les générations actuelles développent un savoir différent, souvent très performant dans les environnements technologiques. Ce n’est pas un déclin, mais une spécialisation.

La neuroplasticité du cerveau — sa capacité à se réorganiser en fonction de l’environnement — permet cette adaptation. Certes, une exposition excessive aux écrans peut fragmenter l’attention et affaiblir certaines fonctions comme la mémoire de travail. Mais ces effets ne sont ni définitifs ni irréversibles : des pauses numériques et des entraînements cognitifs ciblés montrent que ces capacités peuvent être réactivées. Elles ne disparaissent pas ; elles sont simplement moins sollicitées.

L’IA comme catalyseur d’une nouvelle intelligence

L’essor de l’intelligence artificielle ajoute une dimension décisive à ce débat. L’IA automatise aujourd’hui des tâches autrefois considérées comme des piliers de l’intelligence humaine : calculs complexes, programmation, optimisation de processus. Pourquoi mémoriser des formules ou des procédures quand des outils peuvent les exécuter instantanément ?

Cette automatisation libère des ressources mentales pour des tâches de niveau supérieur : formuler correctement un problème, évaluer la pertinence d’une solution, interpréter des résultats, exercer un jugement critique et innover. Utilisée intelligemment, l’IA peut même améliorer l’apprentissage en réduisant la charge cognitive inutile et en facilitant la compréhension.

Le risque existe néanmoins : celui d’une délégation excessive de la réflexion à la machine. Mais employée comme un amplificateur — et non comme un substitut — l’IA peut renforcer les capacités cognitives au lieu de les affaiblir.

Si le QI ne suffit plus, que faut-il mesurer ?

Si le QI n’est plus l’étalon universel, de nouveaux indicateurs de performance cognitive deviennent indispensables, notamment :

  • La capacité à résoudre des problèmes complexes en s’appuyant sur des outils externes tout en gardant la maîtrise intellectuelle du raisonnement.
  • La créativité assistée par la technologie, c’est-à-dire la faculté à produire des idées nouvelles en interaction avec des systèmes intelligents.
  • La qualité des questions posées, devenue centrale dans un monde où les réponses sont immédiatement disponibles.
  • La capacité d’apprentissage rapide et d’adaptation à des environnements changeants.
  • Le discernement et le jugement critique face à l’abondance d’informations et de solutions automatisées.

Ces dimensions, largement absentes des tests de QI classiques, sont pourtant devenues essentielles dans les environnements professionnels et intellectuels contemporains.

Conclusion : vers un équilibre lucide et optimiste

Le renversement de l’effet Flynn n’est pas une catastrophe, mais un signal. Il marque sans doute la fin d’un dogme : celui du QI comme mesure universelle, intemporelle et suffisante de l’intelligence.

Nos cerveaux ne déclinent pas ; ils s’adaptent à un monde où la technologie et l’intelligence artificielle redéfinissent profondément ce que signifie “être intelligent”. Plutôt que de céder à la panique ou à la nostalgie, il est temps de repenser l’éducation, les critères d’évaluation cognitive et nos attentes collectives.

Les générations futures ne seront pas moins intelligentes.
Elles seront intelligentes autrement — et probablement mieux préparées à un avenir que les anciens outils de mesure peinent encore à saisir.

 Références

  • Flynn effect and its reversal are both environmentally caused – PMC
  • Is the Reverse Flynn Effect — Declining Intelligence — Real? – Mind Matters
  • On the Reverse Flynn Effect – Cal Newport
  • The Reverse Flynn Effect – Developmental Disabilities Association
  • The Negative Flynn Effect: A Systematic Literature Review – ScienceDirect
  • Flynn Effect – Wikipedia
  • A Reverse Flynn Effect: Trends in Six Decades of Neuropsychological Data in a UK High Security Population – Palo Alto University
  • Americans' IQ Scores Are Lower in Some Areas, Higher in One – Northwestern Now
  • The Flynn Effect: A Meta-analysis – PMC
  • The (Reverse) Flynn Effect. Are We Becoming Quasi Intelligent? – Alchlonist, 2025
  • Effects of Excessive Screen Time on Child Development – PMC / NIH
  • Screen Time and the Brain – Harvard Medical School
  • Screen Time and the Developing Brain – University of Rochester Medical Center
  • How Screen Time Affects Children’s Developing Brains – Cedars-Sinai
  • Young Children and Screen-Based Media – ScienceDirect
  • What Screens Are Actually Doing to Your Kid’s Brain
  • The Effects of Screens on Kids and How to Set Limits – Find a Psychologist
  • Screen Usage Linked to Differences in Brain Structure in Young Children
  • How Technology Affects Your Child’s Brain – Young Minds Network
  • Ground-breaking Look at the Impact of Screen Time on Kids’ Brains – YouTube
  • AI in Schools: Pros and Cons – University of Illinois
  • The Pros and Cons of AI in Education
  • Exploring the Effects of AI on Student Well-being – PMC
  • Pros and Cons of AI in the Education Sector – Walden University
  • Rising Use of AI in Schools Comes With Big Downsides – Education Week
  • Artificial Intelligence and the Future of Teaching and Learning – U.S. Department of Education
  • The Impact of AI on Students’ Academic Development – MDPI
  • The Risks of AI in Schools Outweigh the Benefits – NPR
  • AI’s Future for Students Is in Our Hands – Brookings Institution
  • Artificial Intelligence in Education – UNESCO



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